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Rimbaud passion
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29 mai 2014

Rimbaud dans un tableau de Renoir?

AVERTISSEMENT: cet article ne représente qu'un état de mon travail. Publié une première fois le 29 mai 2014, je l'ai plusieurs fois modifié jusqu'à récemment et devenu trop long par de nouvelles découvertes (et faisant donc dépasser largement le nombre de caractères autorisé), il va être publié en plusieurs parties avec de nouvelles modifications, de nouveaux ajouts. 

Article considérablement augmenté fin janvier, mais je me vois contraint de le suspendre en raison de priorités.

Révision et extensions de l'Article initial en l'état du 31 décembre 2025:

 

 Hypothèse: un des figurants du tableau Le Pont-Neuf peint en 1872 par Auguste Renoir se trouve être le poète Arthur Rimbaud.

Arguments (résumé):

- Renoir a visiblement peint ce tableau en été 1872.

- En juin 1872, Rimbaud se trouve à Paris (et y restera jusqu'au 7 juillet) D'ailleurs, le temps décrit dans sa lettre de "Junphe" correspond bien à celui peint par Renoir.

- On est certain que Renoir (Auguste) a peint des personnes vus de près par son frère Edmond qu'il envoyait dans la rue...

- Le personnage ressemble globalement, physiquement et moralement au Rimbaud de cette époque. 

Donc, il n'y a pas impossibilité pour que ce soit Arthur Rimbaud, je dirais même qu'il y a une probabilité – voire forte – pour que ce soit lui.

Mais, gardons en tête que c'est un possible, non une certitude (sinon ce ne serait pas une hypothèse...) Quelle que soit la réalité, le tableau fait fortement écho à la vie et l'oeuvre de Rimbaud, notamment avec un poème de ses vers de 1872) et nous permet de créer des ponts (contextuels, artistiques, etc.)

Gardons à l'esprit aussi qu'une erreur peut être fructueuse. Ce fut le cas avec Jean-Louis Forain dont on va être amené à parler. Cette erreur a été l'occasion de corriger et d'étayer mon article publié le jeudi 29 mai 2014 à 14h59. Nouvelles et passionnantes découvertes plus de dix ans après, je date, 29 décembre 2025 pour cette seconde mouture.

Gardons à l'esprit que même si je me trompais dans les conclusions le chemin aura été beau et qu'on aura appris au passage des choses très intéressantes sur Rimbaud et le milieu où il évolua depuis qu'il est arrivé à Paris en septembre 1871, et surtout l'année 1872, avec un zoom sur l'été...

 

 

Détail de ma découverte:

En feuilletant un livre de peinture sur le trône, je me suis penché sur un tableau de Renoir et en regardant bien, j'ai vu Rimbaud!

Risible!

Oui, se dire que Renoir l'impressionniste – et lui aussi célébrité de Champagne-Ardennes... – aurait pu faire un portrait de Rimbaud, comme Manet a fait un portrait de Mallarmé, Courbet de Baudelaire,  et lui-même de Mallarmé, n'est pas si fou, mais que Renoir ait pu peindre sans le savoir la silhouette de Rimbaud dans son tableau Le Pont-Neuf datant de 1872?

Cela n'est pas impossible. Et même tout à fait possible.

Certes, on a de toutes façon le droit de rêver, mais quand la réalité présentée concorde avec ce rêve?

Avant de procéder à cette enquête, remarquons que le tableau de Renoir montre un Paris redevenu paisible après les années de guerre 1870-1871 que Rimbaud a vécu à la fois d'assez près et d'assez loin. Mieux: il peint un lieu hautement symbolique: le plus vieux pont de Paris, resté intact.

 Et puis voyons bien sûr le tableau.

 

 

 

 

 Alors, il est où Arthur? Est-ce l'homme marchant au milieu de la chaussée avec (à vue d'oeil) un barda sur dos? C'est l'homme que j'ai vu en premier comme étant un possible Rimbaud, mais je ne crois pas – plus – , car il a été vite éliminé par la découverte d'un autre. Cet autre est-il le jeune homme qui semble nous regarder, accoudé à la balustrade du pont? Il semble tenir un verre à la main, prêt à le lever pour dire au peintre qu'il voit au premier étage du café d'où peint Renoir: «  À la tienne! »

Alors là on le tient!

Eh bien non. Du moins pour moi. Mais Rimbaud est à sa droite, droit comme un piquet, les yeux au ciel. Tu m'étonnes!

On peut voir "à la loupe" les détails du tableau en cliquant sur "ICI"("clic droit: "ouvrir le lien"):

ICI

(Zoom en cliquant sur le tableau)

https://www.nga.gov/artworks/52202-pont-neuf-paris

Voici le détail qui nous intéresse particulièrement (capture d'écran):

 

Voici un dessin de 1872 par Félix Régamey représentant Rimbaud et Verlaine marchant dans une rue de Londres.

La différence entre le tableau de Renoir et le dessin de Régamey se trouve principalement dans l'époque de leur réalisation. Dans le dessin est indiqué qu'il fait plus froid, Rimbaud et Verlaine portent un paletot tandis que dans le tableau ils portent chacun une veste bleue (effet de lumière impressionniste?), la même d'ailleurs, comme deux frères voulant s'afficher tels... Le dessin ne peut que dater alors qu'entre le 8 septembre et fin novembre, date à laquelle Rimbaud rentre à Charleville. Pourquoi cette date? Parce que "Ami de Rimbaud et Verlaine, Félix Régamey, peintre, dessinateur et caricaturiste français, est exilé à Londres après la Semaine sanglante, qu'en tant qu'ami il aide financièrement Rimbaud et Verlaine lorsqu'ils arrivent en Angleterre en 1872 (source: "Félix Régamey" sur Wikipédia). On penche plutôt pour octobre et peut-être plus novembre, période aux températures nécessitant le manteau.

Un point commun entre le le tableau de Renoir et le dessin de Régamey se trouve dans le chapeau de Verlaine, qui semble le même. Verlaine est plus prudent et sensible à la chaleur que Rimbaud qui s'est passé de chapeau, l'a oublié peut-être aussi dans son appartement. 

Le manteau n'était pas un indicatif sûr sans la date de séjour à Londres, finalement, puisque Verlaine fit un croquis de Rimbaud en juin 72 (date d'une "scène atroce" Antoine Adam, Oeuvres complètes, La Pléiade, 1972)  où on le voit pipe au bec, chapeau sur la tête et mains dans les poches de son manteau ou paletot (idéal...) 

 

 

Bon, c'est pas tout, on veut bien te croire, mais t'as des arguments? Oui, tiens, quels sont les paramètres à réunir pour admettre la possibilité que ce soit Rimbaud?

1 - La poète doit se trouver à Paris en mai-juin 1872 (voire en mars) puisque l'été semble la saison en laquelle Renoir a peint. Il faut chercher la réponse dans la correspondance de Rimbaud. Mieux il doit se trouver "par hasard" ou par "appel du destin" en ce lieu et à ce moment précis où Renoir peint.

2 - On doit pouvoir se dire en regardant un personnage: globalement, il ressemble bien à notre poète. Et pour appuyer cette hypothèse, il faut d'une part voir la concordance globale avec l'esprit de la lettre, c'est à dire pouvoir attribuer l'auteur de la lettre au jeune homme peint par Renoir, d'autre part comparer avec les portraits que l'on possède de lui en 1872.

3 - On doit être certain que le peintre a peint des personnes vues. Eh oui!

 

 Nos paramètres sont-ils réunis?

Voici les réponses aux trois conditions à réunir:

1 - Rimbaud se trouve à Paris entre Septembre 1871 et mars 1872 puis en mai-juin 1872, toujours en compagnie de Verlaine. La longue lettre à Paris écrite de "Parmerde" et datée de "junphe 1872" à son ami Ernest Delahaye atteste ce séjour entre la fin du printemps et le début de l'été. Le tableau semble avoir été peint en été. Ne sent-on une adéquation avec ce qu'il dit dans sa lettre: que l'été est "accablant" mais que "la chaleur n'est pas très constante?" En effet, on voit ici un ciel assez nuageux... Ce qui explique aussi que les gens soient assez couverts, y compris Rimbaud.

2 - En regardant le portrait peut-on se dire: c'est l'auteur de la lettre?  Pour moi oui. Il ne tient qu'à vous de la lire ou de relire avec un oeil neuf (comme Renoir le faisait en peinture). Je citerais quelques passages:

"Mais ce lieu -ci: distillation, composition, tout étroitesses; et l'été accablant: la chaleur n'est pas très constante, mais de voir que le beau temps est dans l'intérêt de chacun, et que chacun est un porc, je hais l'été, qui me tue quand il se manifeste un peu. J'ai une soif à craindre la gangrène: les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette".

Le supposé Rimbaud du tableau est bien dans une posture de rêveur de l'ailleurs, jamais content là où il est.

Plus loin on lit: "Le premier matin en été, et les soirs de décembre, voilà ce qui m'a ravi toujours ici." Serait-ce ici le 21 juin 1872? A moins que Rimbaud veut dire l'aube par "premier matin".

Pour ce qui est des portraits de Rimbaud, on en dispose de quelques uns datant de 1872; pas des photos mais des dessins et une peinture contestée (on le verra)

 Le premier de ces portraits, un des plus célèbres, est de Verlaine et daté de juin 1872 (on l'a vu). Prenons de la distance quand à la fidélité du portrait: Verlaine a tendance à idéaliser son amoureux et à le juvéniliser. Aussi paraît-il en gamin génial, en gamin poète précoce, rebelle et rêveur, qui paraît plutôt le Rimbaud qu'on imagine conquérir Paris en septembre 1871 avec Le Bateau ivre et Voyelles en tête et en poche.

A part cela, globalement: silhouette, physionomie générale (haut front; visage ovale, cheveux tombants sur la nuque...) et tenue ("paletot idéal"; foulard?) correspondent au Rimbaud que l'on connaît notamment par des portraits littéraires. Entre parenthèse, il faut dire aussi que les mutations pour ne pas dire métamorphoses de Rimbaud sur le plan physique peuvent être très rapides, marquantes, variées et variables, dirait-on même, autant que le temps est instable. On a du mal à se fixer: il suffit de voir aussi l'écart entre la célèbre photo  du poète par Carjat, mettant en valeur sa physionomie et cherchant à transmettre une idée: celle du poète précoce, inspiré, génial (tout comme l'avait fait Fantin-Latour dans Un coin de table) et le cliché original où Rimbaud paraît plus gamin, boudeur, avec un visage moins gracieux, d'où on conclut qu'on a beaucoup de "moins vrai que nature" dans les portraits toutes catégories que l'on possède du poète.

Un coin de table,  réalisé entre fin 1871 et mars 1872 fut exposé au Salon des Champs-Elysées peu de temps avant la réalisation de Le Pont-neuf de Renoir, le 1er mai.

Un second portrait daté de 1872 mais sujet à caution, est celui d'un peintre inconnu: Garnier. Là, au moins, point d'idéalisme. C'est sûr qu'il n'a pas le charme de la célèbre photo de Carjat en 1871, ni de la peinture de Fantin-Latour, ni de son amant Verlaine!

 

 

 Oui, là, on est aux antipodes du visage enfantin et quasi angélique de Verlaine. Pourquoi? Est-ce que Verlaine idéalise à ce point? Certes, la lassitude, la tristesse peinte sur le visage paraît correspondre à la période de désillusion que traverse Rimbaud après son échec à Paris: sa poésie n'est pas comprise, on le traite en gamin, et somme toute ne trouve pas la gloire qu'il rêvait (qui fait à l'expression d'un de ses poèmes de 1872: "La défaite sans avenir"; mais cet échec a fait aussi muter sa poésie vers une forme plus libre (Nouveaux vers et chansons). De toute façon, le portrait de Garnier peut être justement remis en question malgré la note inscrite au dos du tableau. Il serait plus probable qu'il l'ait peint en 1878, dernière fois où Rimbaud se rend à Paris. Mais alors on comprend mal la date inscrite au recto: 1873 et celle différente au verso: 1872... (là aussi on comprend mal) Voir à ce sujet l'étude dans l'article à l'adresse suivante:

(site Le Bateau ivre de Jacques Bienvenu, article du jeudi du 14 octobre 2010 "polémique autour du visage de Rimbaud")

On a un troisième portrait brossé par Forain, un ami.

Résultat de recherche d'images pour "portrait d'Arthur Rimbaud par jean louis forain"

Portrait d'Arthur Rimbaud, 1872, par Jean-Louis-Forain. source ICI

 

La chevelure raide et bien coiffée de Verlaine fait place à une tignasse souple et sauvage (pour ne pas dire en pétard). Par contre, on reconnaît le même nez un peu retroussé. On le devine dans le portrait de Renoir.

Conclusion?

Il faut, je crois, exclure le portrait de Garnier pour ne conserver que celui de Verlaine et de Forain. Mais on peut aussi joindre le portrait dessiné par Cazals, apparemment le montrant tel qu'il l'a vu et croqué à Paris en 1871 ou 1872 et qu'il joignit à une lettre de 1882, 1886 ou 1889 (dates données par plusieurs sources), portrait assez ressemblant, où le visage de Rimbaud  projette mystérieusement l'ombre de celui de Verlaine (ce qui n'est pas sans faire penser à notre tableau de Renoir...)

Voir légende ici (dans "caricaturistes et illustrateurs"): http://abardel.free.fr/iconographie/09_caricaturistes_et_illustrateurs.htm

Plus important, ce croquis, plus tardif, a été réalisé "d'après documents", comme il est indiqué dessus. On ne sait lesquels documents, mais il y a une ressemblance générale avec le portrait brossé, impressionnisté par Renoir, qui fait pencher la date pour 1872.

https://www.bnf.fr/fr/fiche-region-grand-est

 

3 - Le tableau de Renoir représente bien des personnes réelles. Preuve à l'appui: Edmond, frère de Renoir, journaliste novice en 1872 qui a été pendant quinze ans compagnon de travail du peintre en plus de frère (et entre parenthèse, qui à l'origine de la seconde partie du titre du célèbre tableau de Monet "Impressions, soleil levant" s'appelant d'abord "Vue du Havre") nous a laissé de précieux renseignements sur la genèse de son tableau lors d'un entretien: Ainsi on sait que Renoir a peint du premier étage d'un café et qu' "Edmond est descendu périodiquement dans la rue pour retarder les passants assez longtemps pour que l’artiste enregistre leur apparence. Renoir a noté même la présence d’Edmond, marchant le bâton en main et le canotier en paille sur sa tête, dans deux emplacements" lit-on dans l'article suivant, très intéressant aussi quant à la description de l'oeuvre:

http://fanderenoir1.wordpress.com/2005/08/05/pont-neuf-paris-1872-renoir/

On trouvera une belle description, analyse et quelques bons renseignements aussi ici (relevant entre autre que Renoir a peint l'un des premiers contre-jours réalistes dans l'histoire de l'art):

http://kerdonis.fr/ZRENOIR01/index.html

C'est là aussi que j'ai trouvé le témoignage d'Edmond sur le tableau Le Pont neuf que voici:

"Nous avions établi notre quartier général dans l'entrepôt d'un petit café. Pour le prix de nos deux cafés, à dix centimes pièce, nous pouvions rester là des heures. Mon frère me demandait d'aller sur le pont et de parler aux passants pour les faire s'arrêter un instant, en leur demandant l'heure par exemple"
Et, note l'auteur justement: La vivacité des notations prouve l'observation directe.

 Edmond figure bien en doublon dans le tableau, à gauche et à droite: l'homme au chapeau de paille et à la canne.

 

                                                                   Edmond Renoir (à droite)

                                                                       Edmond Renoir (à droite)

https://culturezvous.com/secret-tableau-pont-neuf-auguste-renoir/

 

On pourra aussi lire à l'adresse suivante un autre témoignage d'Edmond sur son frère et sa façon de travailler. (une lettre très intéressante, mais ce n'est pas là que se trouve évoqué la genèse du tableau -  ce témoignage doit se trouver dans son livre "Pierre-Auguste Renoir" - éditeur Echoppe, Paris):

http://excerpts.numilog.com/books/9782705669195.pdf

 

Enfin! Voilà nos trois critères de plausibilité réunis!

J'irais presque jusqu'à dire que l'homme à la droite de "Rimbaud" penché sur la Seine est Verlaine! (mais je l'ai déjà dit).

Quoi qu'il en soit, il n'est pas impossible que j'ai découvert un autre portrait de Rimbaud, et - grand intérêt - il serait le premier où il apparaît noyé dans un environnement et anonyme au sein de la foule. Et ne serait-ce pas notre cher poète, cette toile nous montre un Paris tel qu'il l'a vu. Avec un ciel tel qu'il l'a vu en ce mois de juin 1872.

J'espère qu'au moins cette petite enquête vous aura fait rêver à "défaut" de vous convaincre, et ce ne serait pas voulu au cas du contraire.

"Je vous le dis, c'est Arthur Rimbaud!" je ne vais quand même pas dire clamer ça, même si je le pense.

Intuition ou projection? Peut-être les deux. Mais vous l'avez vu, astrologues, mon intuition de Poissons ne va pas sans l'analyse de la Vierge!

 

Maintenant que j'ai des éléments probants, je peux pleinement extrapoler, donner un prolongement par l'imagination associée à l'analyse.

D'abord, l'homme ci-dessous vue de dos, que j'ai cru d'abord comme pouvant être Rimbaud, peut être vu effectivement comme un double baroudeur et même une préfiguration du voyageur, travailleur jusqu'à l'éreintement à Chypre et en Afrique, de celui que Verlaine appellera "l'homme aux semelles de vent" (qu'on peut lire: l'homme aux semelles devant - pour dire qu'il est toujours emporté par ses pieds, et plus exactement ses chaussures...). Ce qui est significatif, c'est que ce double en mouvement, tête baissée, "portant sa croix", se trouve dans l'axe et à hauteur des pieds du "Rimbaud" immobile et "tête en l'air" ou plutôt "tête ailleurs"). Renoir a pu aussi peindre un double: le peintre portant son matériel derrière son dos. Plus visible, celui-ci porte de sa main gauche une sorte de panier rempli de légumes.

 Ensuite, je peux me raconter une ou plusieurs histoires autour de ce tableau, à partir de ce que l'on sait.
Ainsi, le jeune homme "au verre" et semblant faire signe au peintre, je me suis demandé si ce n'était pas Jean-Louis Forain, celui que ses amis (parmi lesquels Rimbaud et Verlaine) appelaient "Gavroche" et qui était lui-même peintre. Dans ma tête, je l'identifiais au portrait suivant que je connaissais et auquel je pouvais faire correspondre le jeune homme du tableau de Renoir.

 

 

Ce dessin est un portrait satirique de Rimbaud, peu ressemblant, dont la légende "Qui s'y frot"... ("...te s'y pique", peut-on compléter)  contraste fort avec le minois d'ange lui collant décidément à la peau, bien qu'il paraisse aussi peu commode...

Mais le portrait qu'on a de Jean-Louis Forain (1852-1931) par le peintre Jules-Alexandre Grün (1868-1938) correspond peu au physique, même si il est plus âgé, - dans une fourchette je dirais entre cinquante et soixante dix ans:

 Forain vu par Grün

 

 Mais deux raisons me poussent à garder l'hypothèse que Forain est bien le jeune homme regardant Renoir. Avouons d'abord que de même que l'Ardennais Rimbaud ne pouvait pas mieux tomber sous le pinceau du Champagnois Renoir (puisque natif du village d'Essoyes où il vivra à partir de 1896), de même un peintre n'était pas mieux trouvé pour saluer un peintre. La première raison autorisant à cette identification est que Forain a fréquenté effectivement Rimbaud et Verlaine à partir de 1870 et que le portrait qu'on a vu plus haut, d'un Rimbaud couché, pénard, est de Forain et date de 1872!

 Il n'y a donc que le physique qui puisse objecter.

 Je me suis imaginé qu'Edmond (le frère de Renoir) avait parlé avec "Forain" dans la rue et donc peut-être aussi avec Rimbaud et Verlaine, puisqu'il devait naturellement sympathiser avec les artistes, les gens de la Bohème, de même qu'Edmond Renoir devait être très proche de son frère peintre, preuve en est que celui-ci a baptisé un de ses fils Edmond (Edmond Renoir junior), qu'il a peint en 1888 et 1889  avec des cheveux longs (comme on en voit aujourd'hui dans le monde alternatif, descendants des hippies...):

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Renoir_-_portrait-of-edmond-renoir-jr-1888.jpg!PinterestLarge.jpg

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Auguste_Renoir_-_Edmond_Renoir_Jr_-_Nahmad_collection.jpg

Cependant, ne nous éloignons pas trop de notre sujet, nous parlions bien d'Edmond Renoir, frère du peintre et peint par lui en 1874 dans une loge de théâtre en compagnie de Nini Lopez

https://www.akg-images.fr/search/AAAAAAEAcgyYAAAAAAAAAw==

et en 1877 en train de lire avec sa femme Marguerite Legrand, tableau offert en cadeau de Saint-Valentin.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Renoir_-_reading-couple-edmond-renoir-and-marguerite-legrand-1877.jpg!PinterestLarge.jpg

Oui, mais voilà, l'approfondissement de mon enquête soulève une question et jette un doute: comment, Edmond interviewé n'aurait pas reconnu ces figurants comme étant Rimbaud et Verlaine. Certes, à l'époque, même Verlaine était assez méconnu par la critique et donc du public, malgré qu'il ait déjà publié Poèmes saturniens en 1866, ainsi que Fêtes Galantes en 1869 et La Bonne chanson, deux petits recueils remarqués par Rimbaud les découvrant en 1870. Si Rimbaud et Verlaine se retrouvent dans le tableau Un coin de table de Fantin-Latour, c'est que les peintres s'intéressent naturellement aux milieux artistiques, ce n'est pas parce qu'ils sont célèbres. Verlaine en 1872 est un "poète maudit" selon sa propre expression, et il le reconnaîtra en 1886 dans Les Poètes maudits comme l'un d'eux. Mais Edmond écrivant sur son frère en 1879 ne pouvait dire: "Là, j'ai rencontré Rimbaud": sa légende naquit à partir de 1886. Et puis n'oublions pas que je suis dans une spéculation; ce dont on est certain c'est de ceci qu'on a déjà cité:

 "Mon frère me demandait d'aller sur le pont et de parler aux passants pour les faire s'arrêter un instant, en leur demandant l'heure par exemple."

Ainsi, dans les plus fortes probabilités, il a pu demander l'heure à Rimbaud, ou à Forain, ou à Verlaine. Rimbaud s'est peut-être tout au plus présenté comme poète, et même s'il a dit son nom, pour Edmond il ne représentait pas ce qu'il représente pour nous.

 Donc, le doute se trouve vite et bien balayé. Et puis mettrions-nous en doute qu'untel à gagné au loto sous prétexte qu'il y avait une chance sur des milliers, voire des millions pour qu'il soit l'heureux gagnant?

 Il s'en est fallu de peu pour qu'on est un portrait de Rimbaud par Renoir comme il le fit de Mallarmé:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait_de_St%C3%A9phane_Mallarm%C3%A9_(Renoir)

Stéphane Mallarmé par Auguste Renoir, 1892 (l'année d'après le Départ de Rimbaud)

On aurait même pu avoir une photo comme celle d'Auguste Renoir et de Mallarmé ci-dessous, mais avec Rimbaud:

Auguste Renoir et Stéphane Mallarmé dans le salon de Julie Manet, décembre 1895.

https://www.flickr.com/photos/quentin-verwaerde/7139921281/

 

Conclusion des conclusions: Rimbaud et Renoir, ça manque pas d'air!...

 

Cela posé, je vais bientôt parler de l'hôtel Cluny, là où Rimbaud résidait en 1872, qu'il évoque très bien dans sa lettre daté de "Junphe" (juin), là où il aurait écrit une grande partie de ses poèmes de 1872 réunis sous le titre "Vers nouveaux et chansons" auquel il faut ajouter Les Corbeaux écrit vraisemblablement à son retour en Ardennes en juillet, publié le 14 septembre 1872 dans La renaissance littéraire et artistique et placé par erreur dans Poésies.

 Je vais tout d'abord citer l'intégralité de la lettre d'Arthur Rimbaud à Ernest Delahaye (avec les notes de la Pléiade en bas pour éclaircir certains endroits) qui commence par une évocation de sa région natale où vit son ami pour glisser rapidement vers le lieu où il séjourne.

Les numéros dans le texte renvoient à des notes à la fin. Celles-ci, pour éclaircir certains endroits ou en donner un prolongement sont: soit des notes de la Pléiade (Antoine Adam, Editions Gallimard, 1972) que je désignerai par NP, soit des notes personnelles que j'éviterai d'appeler aussi NP (et donc, elles ne s'annonceront que par leur absence d'indication "NP"). Je souligne en gras les passages qui parlent du lieu où il se trouve, de sa situation présente.

 De manière générale, Arthur est toujours dans son programme lancé par les lettres dites du Voyant (13 et 15 mai 1871). Voir aussi les lettres du 10 juin, 12 juillet et fin août 1871, ainsi que la section "Alchimie du verbe" (première partie de "Délires") dans Une Saison en Enfer (1873).

 

                                                                                                                                             Parmerde, Junphe 72.

 

 Mon ami,

Oui, surprenante est l'existence dans le cosmorama Arduan. La province où l'on se nourrit de farineux et de boue, où l'on boit du vin du cru et de la bière du pays, ce n'est pas ce que [je] regrette. Aussi, tu as raison de la dénoncer sans cesse. Mais ce lieu-ci: distillation, composition, tout étroitesses; et l'été accablant: la chaleur n'est pas très constante, mais de voir que le beau temps est dans les intérêts de chacun, et que chacun est un porc, je hais l'été, qui me tue quand il se manifeste un peu. J'ai une soif à craindre la gangrène: les rivières ardennaises et belges, les cavernes, voilà ce que je regrette.

Il y a bien un lieu de boisson que je préfère. Vive l'académie d'Absomphe (1), malgré la mauvaise volonté des garçons! C'est le plus délicat et le plus tremblant des habits, que l'ivresse par la vertu de cette sauge de glaciers, l'absomphe. Mais pour, après, se coucher dans la merde!

Toujours même geinte, quoi! Ce qu'il y a de certain, c'est merde à Perrin. Et au comptoir de l'Univers, qu'il soit en face du square ou non. Je ne maudis  pas l'Univers, pourtant. - Je souhaite très fort que l'Ardenne soit occupée et pressurée de plus en plus immodérément. Mais tout cela est encore ordinaire.

Le sérieux, c'est qu'il faut que tu te tourmentes beaucoup, peut-être que tu aurais raison de beaucoup marcher et lire. Raison en tout cas de ne pas te confiner dans les bureaux et maisons de famille.(*) Les abrutissements doivent s'exécuter loin de ces lieux-là. Je suis loin de vendre du baume, mais je crois que les habitudes n'offrent pas des consolations, aux pitoyables jours.

 Maintenant, c'est la nuit que je travaince. De minuit à cinq [heures] du matin. Le mois passé, ma chambre, rue Monsieur-le-Prince, donnait sur un jardin Saint-Louis. Il y avait des arbres énormes sous ma fenêtre étroite. A trois heures du matin, la bougie pâlit: tous les oiseaux crient à la fois dans les arbres: c'est fini. Plus de travail. Il me fallait regarder les arbres, le ciel, saisis par cette par cette heure indicible, première du matin. Je voyais les dortoirs du lycée, absolument sourds. Et déjà, le bruit saccadé, sonore, délicieux des tombereaux sur les boulevards. - Je fumais ma pipe-marteau, en crachant sur les tuiles, car c'était une mansarde, ma chambre (2) . A cinq heures, je descendais à l'achat de quelque pain; c'est l'heure. Les ouvriers sont en marche partout. C'est l'heure de se soûler chez les marchands de vin, pour moi. Je rentrais manger, et me couchais à sept heures du matin, quand le soleil faisait sortir les cloportes de dessous les tuiles. Le premier matin en été, et les soirs de décembre, voilà ce qui m'a ravi toujours ici.(4)**

Mais, en ce moment, j'ai une chambre jolie, sur une cour sans fond mais de trois mètres carrés. - La rue Victor-Cousin fait coin sur la place de la Sorbonne par le café du Bas-Rhin, et donne sur la rue Soufflot, à l'autre extrémité. - Là , je bois de l'eau toute la nuit, je ne vois pas le matin, je ne dors pas, j'étouffe. Et voilà.

 Il sera certes fait droit à ta réclamation! N'oublie pas de chier sur La Renaissance, journal littéraire et artistique, si tu le rencontres. J'ai évité jusqu'ici les pestes d'émigrés Caropolmerdés. Et merde aux saisons. Et colrage.

 Courage.(5)

                                         A. R

                                           Rue Victor-Cousin, Hôtel Cluny.

      Monsieur Ernest Delahaye,

      A Charleville.

 (1) - N P: Cette année-là, l'été fut très chaud. Rimbaud buvait de l'eau pendant la nuit, et dans la journée il fréquentait un débit de boissons, 176, rue Saint-Jacques, célèbre sur la Rive gauche. Son propriétaire, un nommé Pellerier, y alignait quarante tonneaux le long des murs, si bien qu'on appelait son débit l'Académie du quartier Latin. Rimbaud, plus brièvement, le nommais l'Académie d'Absomphe, autrement dit l'académie d'absinthe.

(2) - N P: Revenu à Paris, Rimbaud logea d'abord rue Monsieur-Le-Prince, avec de grands arbres sous les yeux. En juin, il passa à l'hôtel de Cluny, rue Victor-Cousin. Il y loua une jolie chambre sur la cour. Si l'on remarque qu'il était entièrement dépourvu d'argent personnel, il faut bien l'admettre que Verlaine l'entretenait.

 

 

 Pour faire une visite virtuelle de l'Hôtel Cluny à notre époque aller ici: http://www.hotel-cluny.fr/

Place de de la Sorbonne au début du XIXème siècle. Arthur pouvait de sa chambre voir la Sorbonne originellement dédié à la théologie et devenue Université.

 

(3)* voir poème de 1871, Les Assis. NP: Les biographes nous apprennent que c'est en décembre 1870-janvier 1871 que Rimbaud a le plus assidûment fréquenté la bibliothèque: c'est l'époque des Assis. En tout cas, ce poème ne peut dater d'avant octobre 1870 (car absent du recueil Demeny)

(4)** Tout ce paragraphe évoque le mois passé (mai) où il logeait ailleurs. En raison du fort écho et de la date, je placerais en-dessous le poème Bonne pensée du matin datant de mai 1872.

(5) A plusieurs reprises on ressent l'amertume face à la défaite des Communards; il faut y associer le poème "Qu'est-ce que pour nous, mon coeur, que les nappes de sang" appelé "Vertige" par Ernest Delahaye. (Voir la note de la pléiade pour ce poème). La paix de Paris et le triomphe bourgeois exaspère Rimbaud et d'autres poètes révoltés, d'où la violence du poème rêvant guerre, vengeance plutôt que cette tranquillité mortuaire, rêvant révolution, fin du monde, d'un monde, pour l'avènement d'un nouveau, meilleur, plus juste.  Ainsi, le Paris que Renoir peint est un Paris que Rimbaud hait. A "merde aux saisons" on peut associer quelques vers de Bannières de mai (mai 1872)  "je veux bien que les saisons m'usent. A toi, Nature, je me rends."

 

   Bonne pensée du matin


À quatre heures du matin, l'été,
Le sommeil d'amour dure encore.
Sous les bosquets, l'aube évapore
          L'odeur du soir fêté.

 

Mais là-bas dans l'immense chantier
Vers le soleil des Hespérides,
En bras de chemise, les charpentiers
          Déjà s'agitent.

Dans leur désert de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la richesse de la ville
          Rira sous de faux cieux.

 

Ah ! pour ces Ouvriers charmants
Sujets d'un roi de Babylone,
Vénus ! laisse un peu les Amants
          Dont l'âme est en couronne

 

          Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l'eau-de-vie.
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer, à midi.

 

 *

 

 Un autre élément trouvé le 23 janvier 2023, vient appuyer cette hypothèse, cette possibilité.

 

En effet je reçus un mail de "Littérature and Art" de Paul Smith, datant de 2006, et à la note 37:

«In the L'Etoile française, article, Renoir déclare :

« le plus grand poète de la terre est son ami Arthur Rimbaud »

Je commence par faire des recherches sur L'Etoile française, j'espère sa mise en ligne sur Gallica par exemple. Elle n'y est pas, mais la revue existe bien, on en a un aperçu visuel ici:

https://www.galerie123.com/fr/affiche-ancienne-originale/33202/letoile-francaise/

Cette affiche date de 1900. Donc elle doit exister depuis pas mal de temps, je suppose.

Je poursuis mes recherches en associant les mots clés "Renoir" et "Rimbaud". Quel n'est pas mon plaisir en voyant s'afficher au top des propositions: "Rimbaud dans un tableau de Renoir?" 

Mais ce n'est pas cela qui me fait avancer dans ma recherche.

Et soudain, en faisant défiler les pages de Google, je tombe sur le document source de "Littérature and Art" intitulé "Du rat mort aux poux: Champsaur et Rimbaud" par Jean-Jacques Lefrère, éminent rimbaldien parti depuis peu.

https://www.jstor.org/stable/44780441

(capture d'écran)

https://www.jstor.org/stable/44780441#:~:text=plus%20grand%20po%C3%A8te%20de%20la%20terre%20est%20son%20ami%20Arthur%20Rimbaud.&text=poux%2C%20deux%20s%C5%93urs%20nubiles%20et,l%C3%A8vre%20et%20d%C3%A9sirs%20de%20baisers.

https://www.academia.edu/8016306/Literature_and_Art?email_work_card=view-paper

Notons qu'à l'examen on apprend au passage que un nom  de café situé Place Pigalle, et que fréquentait Renoir, mais ce n'est pas le même que celui d'où il peint le tableau, puisque la Place Pigalle se trouve à 3 km de là dans le 18ème, quartier bohème et animé que fréquentaient Rimbaud et Verlaine.

 Félicien Champsaur (cité dans l'encadré du lien) entre en littérature peu de temps après la disparition de Rimbaud.

 Son premier sonnet est publié en 1877, mais il a surtout alors une intense carrière de journaliste, lançant et dirigeant en 1880  l'hebdomadaire Les Contemporains et collaborant à d'autres journaux dont l'Etoile française le 21 décembre 1880 dans une chronique intitulée "le rat mort".

Jean-Jacques Lefrère pose la question que je me suis posé: est-ce que Champsaur reconstitue une conversation d'anciens du groupe des Vilains-Bonhommes, ou est-ce qu'il invente. En effet, "Champsaur fait déclamer deux strophes des Chercheuses de poux à l'un des personnages réels de son récit. Renoir dit à Mendès (cité dans la lettre du "Voyant" à Paul Démeny), faisant partie du cercle des V-B et que Rimbaud a dû connaître. Donc Renoir aussi!

- Et si je vous peignais, toi, Verlaine et Gavroche sur le Pont-neuf? a pu demander Renoir a ses amis.

On se rappelle que Gavroche est le surnom de Forain. Et par ce lien   

http://abardel.free.fr/iconographie/03_forain_regamey.htm

on apprend ceci:

Jean-Louis Forain a un temps habité avec Rimbaud, rue Campagne-Première, en 1872. Il était suffisamment son ami pour que le poète se soit fait envoyer longtemps son courrier "chez Gavroche" (sobriquet du peintre), quand il n'avait pas lui-même de domicile fixe.

Il est raisonnable de penser que Champsaur était bien renseigné et avait en journaliste consciencieux, ou si l'on veut reporter littéraire, obtenu des informations de première main.

 

*

Reste un problème pour rendre probable mon hypothèse. Rimbaud est représenté dans le dessin de Verlaine en 1872 avec des cheveux longs! 

Une solution: Verlaine a dessiné Rimbaud début juin, et Rimbaud, chaleur venant, les a coupé!

 

Voyons, existe t-il des chroniques météorologiques pour juin 1872? Oui.

15 au 19 juin 1872 :  Épisode de chaleur, sans excès.

20 au 28 juillet 1872 :  Vague de chaleur, notamment le 26 juillet 1872. Probable importante vague orageuse le 29 juillet 1872.

https://www.meteo-paris.com/chronique/annee/1872

Rimbaud indique l'été, et de fortes chaleurs; les chroniques citées laissent la période du 20 juin au 19 juillet sans indication. Rimbaud a t-il exagéré la chaleur?

La chaleur caniculaire dont fait allusion Rimbaud correspond davantage à cet indication semblant correspondre à la vague de chaleur de 1872 notée plus haut:

"Paris vient de vivre sa nuit la plus chaude enregistrée depuis 1872. La montée en température de mercredi a tout pour rester dans les annales. Pour le solstice d’été, les températures sont montées bien au-dessus des normales saisonnières. La capitale reste une fournaise pour la journée de ce jeudi, avec 37°C."

https://www.20minutes.fr/paris/2091851-20170622-paris-nuit-plus-chaude-depuis-1872-records-chaleur-battus-commence-fort

Des précisions météorologiques devraient se trouver ici:

https://bibliotheque.meteo.fr/exl-php/navi/mf_-_internet_recherche_avancee_anonyme/notice/1

Mais le PDF n'offre qu'une partie des relevés.

Une date importante, 17 juin 1872: date de reprise des mesures météorologiques à l'occasion de l'Exposition Universelle à Paris. 

https://www.leparisien.fr/paris-75/record-de-chaleur-a-paris-depuis-147-ans-montsouris-fait-la-pluie-et-le-beau-temps-25-07-2019-8123688.php

On rappelle la lettre de "Junphe 72" (juin):

"...l'été accablant: la chaleur n'est pas très constante, mais de voir que le beau temps est dans les intérêts de chacun, et que chacun est un porc, je hais l'été, qui me tue quand il se manifeste un peu. J'ai une soif à craindre la gangrène [...]" 

Autrement dit:

C'est l'été, il est accablant parce que la chaleur n'est pas très constante, et il hait l'été parce qu'il voit que  "le beau temps est dans les intérêts de chacun, et que chacun est un porc", et cet été le tue quand il se manifeste un peu. C'est à dire quand il fait chaud, voire très chaud: "J'ai une soif à craindre la gangrène", dit-il. Tout cela n'est pas très clair, non? Donc Rimbaud est subjectif et on ne peut faire de conclusions sauf sur l'essentiel: il fait beau, ce qui correspond au tableau de Renoir. Du reste, il ne fait peut-être pas si chaud qu'il le dit, peut-être veut-il juste se plaindre comme d'habitude, d'ailleurs il le dit plus bas: "toujours la même geinte, quoi!"

 

NOTE: Cet article a été modifié fin décembre 2025, il pourrait l'être encore.

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