Paul au pays de Rimbaud et Juliette (dernière version - Chapitre 19)
XIX
OÙ PAUL PASSE A LA LIBRAIRIE RIMBAUD
Se recentrer sur Arthur Rimbaud devenait nécessaire. Motivation: Juliette! Paul se rendit donc à la librairie Rimbaud en espérant qu'elle soit ouverte. Guidé par deux passants, il la trouva. Cela ne changeait guère de la médiathèque ou bibliothèque et en anglais, bibliothèque se dit Library. Mais, sa curiosité éveillée par le titre Un Ardennais nommé Rimbaud conseillé par le guide touristique devait s'y trouver, il l'espérait.
La librairie localisée, Paul entra et consulta le rayon «Rimbaud». Un peu naïvement, il croyait que la librairie lui était entièrement consacrée. Mais il existe aussi à Charleville le "Café Rimbaud", et le "Rimbaud Coiffure". Rien de plus conventionnel qu'une librairie porte son nom.
Un rayon et demi sur Rimbaud, c'était maigre par rapport au fonds de la médiathèque, mais bien suffisant pour occuper Paul. Sans chercher le livre du Rimbaud régional, il lut des titres et tira du rayon l'un d'eux qui le séduit tout de suite par son intitulé: "Les dessins de Rimbaud", de la main du spécialiste Jean-Jacques Lefrère, l'homme qui avait fait connaître au printemps 2010 et diffusé par un mille-et-une pages intitulé La correspondance posthume de Rimbaud le nouveau visage présumé de celui-ci – mais présenté comme étant incontestable (sinon, il n'aurait pas été affiché en couverture...). Cette position lui avait valu l'opposition d'autres rimbaldiens, on le sait. On lui reprochait d'être un rimbaldien d'épicerie et à «sensation», qui n'était même pas intéressé par la poésie, même pas celle de celui qu'il étudiait. D'ailleurs, l'homme qui l'intéressait n'étant pas le poète, Rimbaud l'africain lui convenait parfaitement. Or, Paul saura plus tard que le chercheur et éditeur rencontré à la médiathèque faisait partie de ses farouches opposants.
Pour le moment, Paul, tenant en main ce livre d'une taille raisonnable pour un Lefrère (et ayant l'avantage d'être plus illustré que textué), se délectait des dessins de Rimbaud reproduits, dont un portrait étonnant qui serait celui de sa mère.
Réminiscence au moment où il écrivait Rimbaud passion où les mystères d'Arthur? Il croyait à ce moment-là qu'il avait découvert quelque chose confirmant que cette femme représentait bien sa mère. En bas de sa robe ou tablier, on voyait un personnage minuscule assis de dos: Rimbaud convalescent à son retour d'Abyssinie. Plus haut, à sa droite se trouvait un bâtiment: la ferme de Roche, où il séjourna pour la dernière fois. Sa mère assise le dominait de toute sa grandeur de géante. Son analyse se rapprochait, lui sembla-t-il, de la vision de Lefrère.
Paul consulta enfin divers ouvrages. Plus légers, moins encombrants, moins chers. Son regard se fixa sur Rimbaud mourant qui regroupaient diverses lettres et articles de sa soeur Isabelle. C'étaient les articles – l'un qu'il avait lu sur internet, d'autres qu'il ne connaissait pas du tout – qui le poussèrent à l'acquérir.
Enfin, il vit au dernier moment Un Ardennais nommé Rimbaud. Allez, hop, panier! Il alla payer... La caissière lui offrit un sourire.
Paul alla avec ce baume au cœur prendre une bonne douche et se reposer. Il en avait bien besoin...