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Rimbaud passion
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13 juin 2021

Paul au pays de Rimbaud et Juliette (Roman, version 2021) - Chapitre 17

XVII

OÙ PAUL FAIT UNE RENCONTRE FORMIDABLE À LA MÉDIATHÈQUE

 


Après ce moment fort, Paul eut besoin d'un bon bol d'air, d'abord; ensuite, d'une activité plus «cool», si vous voyez ce que je veux dire. Il était allé, suivant les indications d'une femme à l'accueil du Vieux-Moulin (Musée Rimbaud, se situant dans l'axe de son lieu de naissance, en passant par la place Ducale) chercher la librairie Rimbaud et la Médiathèque « Voyelles ». Il passa devant une bouquinerie: «Le Temps des Cerises.» Une jeune fille lui indiqua La Médiathèque.
Arrivé devant, Paul était effectivement face à l'ancien bâtiment qui s'appelait auparavant Institut Rossat, là où l'enfant Arthur Rimbaud fit ses classes jusqu'à l'âge de 15 ans, notamment avec ce professeur très particulier nommé Ariste L'Héritier.
Le bâtiment était long et vieux. Il avait été un couvent avant de devenir collège. Et là, il semblait désaffecté. De la paperasserie en vrac était visible de quelques fenêtres. Au bout de l'aile droite un autre bâtiment faisait l'angle et contrastait avec sa grande entrée vitrée, celle de la médiathèque.
Paul entrait au royaume des livres.
Du noir sur le blanc.
En effet, « livre » – détail significatif pour Paul – vient du latin liber, « feuille d'aubier sur laquelle on écrivait ». Quant à « aubier », nom commun du saule, cela vient de albus: « blanc ». Il ne restait plus qu'à faire parler le vide, puits de lumière.
Paul, rat de bibliothèque, avait fait une formation «paysagère»; d'ailleurs, sa matière préférée était la reconnaissance des végétaux avec leurs noms latins. Ainsi Aesculus Hippocastanum – marronnier d'Inde – l'avait impressionné, et il ne l'avait pas oublié depuis...
Deux femmes à l'accueil lui firent face. Celle de gauche était plutôt jolie, maghrébine ou israélienne à ce qu'il lui semblait. Mais Paul s'adressa à celle qui se trouvait à sa portée. Il lui demanda si elle connaissait bien la vie de Rimbaud, car il recherchait une réponse à une question. Elle lui répondit par la négative, mais l'invita à monter à la salle d'étude et à demander une de ses collègues.
Il monta au deuxième étage, traversa les myriades de livres en rayon. Il entra enfin dans une salle, le Saint du Tabernacle, – le Très Saint devant être l'entrepôt des manuscrits de Rimbaud.
Le silence était typique de celui d'une salle d'études. Là, on faisait des recherches sur Rimbaud. Une mine de livres le concernant était à portée de main. Paul posa sa question à la femme. Elle ne savait pas, c'était certain. Alors, elle fit appel à un petit homme consultant derrière ses lunettes et sa barbe, un grand volume.
Un érudit de Rimbaud, un rimbaldien, cela se voyait. Et Paul fuyait les rimbaldiens, que d'aucuns trouvaient ennuyeux. Il espérait ne pas en faire partie, comme le commissaire Belpomme. Passionné, c'est tout, mais pas atteint de «rimbaldomanie» – une maladie qui faisait souvent de ses victimes des enragés. Ils seraient bien capables de le crucifier avant de réaliser qu'il s'agissait de la réincarnation de leur idole!
Paul fut quelque peu surpris par le maintien de l'homme et la sympathie qui se dégageait de son visage rieur, presque bouddhique.
Il était courtois et parlait doucement, lentement, avec une noblesse de chevalier et une certaine affectation. Soit! Paul n'avait pas affaire à n'importe qui. Il sentit qu'il tenait là une chance. Que c'était la rencontre déterminante. Il était entré dans la cour des grands.
- En quoi puis-je vous être utile? dit l'homme à voix basse, après ses salutations.
- Je cherche une réponse à une question, répondit Paul.
- Je vous écoute.
- On dit que Djami, le serviteur de Rimbaud, l'a accompagné au Caire. Mais nulle part dans la correspondance d'Abyssinie il n'en est fait mention. Existe-t-il une preuve de cela?
Ce chercheur le poussa naturellement à faire des recherches. Ici, c'était le paradis: une bibliothèque consacrée à Rimbaud!
L'homme laissa le gros « incunable » qu'il consultait, puis guida Paul dans le type d'ouvrages où il pourrait trouver réponse.
- Il y a beaucoup à consulter, cela risque de prendre énormément de temps, remarqua Paul.
- Allons-donc dehors pour parler, répondit l'homme.
Paul fut un peu surpris, mais ravi de la démarche. Ils sortirent de la salle d'étude. D'une voix à peine plus haute que dedans il lui dit:
- En fait, il existe bien une preuve. Sur le passeport de Rimbaud au Caire, le nom Djami est inscrit.
Paul branla la tête. Il avait de quoi avoir la banane.
- Et où peut-on trouver une photocopie de ce passeport?
- Je vous invite à chercher dans les livres mis à disposition. Je peux vous guider dans vos recherches. J'ai, par ailleurs, du travail à faire.
- Je reviendrais un autre jour avec plaisir, dit Paul qui eut une petite pensée pour Juliette.
(Dans six jours, maintenant! Mais viendrait-elle? Ses pas sur ceux de Rimbaud lui permettait de ne pas trop s'en inquiéter.)
- Comme vous voulez, lui répondit le chercheur en Rimbaldie. La bibliothèque est à votre disposition, dans les heures d'ouvertures bien sûr. N'hésitez surtout pas à me demander de l'aide.
- Oui, merci.
L'homme caressait sa barbe et perçait Paul de ses yeux aux paupières resserrées. Il respirait le calme. Cela et son regard rieur lui faisaient vraiment quelque peu songer à un bouddha, mais un bouddha affecté, précieux.
- Bien...
Il le fouillait du regard.
- Mais dites-moi, pourquoi vous intéressez-vous à Djami?
Il emmenait Paul sur le chemin qu'il voulait éviter. Le commissaire Belpomme lui en avait longuement parlé ainsi que du poète soufi portant le nom de Djâmi. Il avait établi une correspondance entre les deux noms, à un accent circonflexe près... «Aller sur ce terrain, ce serait précipiter son avis sur moi et mon roman...», se dit Paul. Surtout qu'Arthur Belpomme en concluait que Djami pouvait très bien être soufi et que cela aurait retenti en Rimbaud. Une seule stratégie alors: le détournement.
- Eh bien... Justement, je voulais vous parler aussi d'autre chose. Je suis en train d'écrire un livre inspiré de la vie de Rimbaud.
En disant cela, Paul prit conscience de l'énormité de son propos. Il ne put contenir un petit rire. «Comment? je suis à côté de la caverne d'Ali-baba et je voudrais..., j'ai la prétention d'ajouter un livre à ce trésor déjà si grand, aux multiples pièces, un livre qui prenne place dans les rayons de la « Rimbauthèque »?»
- Très bien... dit l'homme intrigué. S'agit-il d'un essai, d'une biographie?
- Non, il s'agit d'un roman suivi de documents.
- Intéressant. Sachez que je suis éditeur.
- Ah bon?
- Mais je ne publie pas de romans.
- Ah!
- Par contre, je veux bien jeter un oeil sur votre livre et éventuellement le proposer à d'autres éditeurs.
Il marqua une pause. Puis il prépara la séparation:
- Bien, je suis ravi de vous avoir rencontré...
- Paul. Et vous?
À ce nom les sourcils broussailleux de l'homme s'étaient relevés.
- Pierre-Charles. Là, je n'ai pas trop de temps, je suis bien occupé par mes recherches. Mais ce que je peux vous proposer, c'est de prendre un verre ensemble demain en fin de matinée.
- Je veux bien. Où ça?
- Place Ducale, cela vous convient-il? Tenez, prenez ma carte de visite et retéléphonez-moi demain matin à partir de 10h, je vous dirai dans quel café se donner rendez-vous.
«Place Ducale! Comme par hasard! se dit Paul. L'éditeur demain, Juliette dans six jours, cinq à partir de demain. Pierre-Charles le matin, Juliette le soir...»
Ils échangèrent une poignée de main chaleureuse.
- À demain Paul.
- À demain Pierre-Charles.

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