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Rimbaud passion
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27 septembre 2022

Témoignage "inédit" exceptionnel de Armand Savouré sur Arthur Rimbaud (une fausse découverte de ma part...)

Après avoir augmenté fin 2025 cet article sous le titre "Témoignage inédit exceptionnel de Armand Savouré sur Arthur Rimbaud" , je me suis rendu compte, aujourd'hui le 2 janvier 2026, que Alain Borer en avait offert le fac-similé dans son Un sieur Rimbaud se disant négociant (op.cit. , p73-75) paru en 1984!

Je l'ai découvert dans une note de la biographie Arthur Rimbaud, une question de présence de Jean-Luc Steinmetz (2009, 1991 pour la première édition, après avoir lu p 373, un extrait de cette lettre de Armand Savouré adressée d'Addis Ababa le 12 avril 1897 à Isabelle Rimbaud.

Mea culpa. Leçon: Ce n'est pas parce qu'un témoignage découvert personnellement sur Rimbaud n'est pas sur Internet qu'il est inédit!

Cela dit en préliminaire, pour ceux qui ne connaissent pas ce témoignage exceptionnel et qui comme moi hélas n'ont pas sous main ce livre de référence de Alain Borer (avec d'autres ), voici mon article tel quel dans son dernier état avant ce matin fatal..., où y est cité  beaucoup plus de cette lettre que dans le livre de  Steinmetz, et sans doute un peu moins que le livre de Alain Borer.

(Et heureusement que je n'ai pas proposé cet article à la revue Histoires Littéraires comme je comptais le faire!)

 

Témoignage inédit exceptionnel de Armand Savouré sur Arthur Rimbaud

 

Il fut une époque où je rêvais comme tout rimbaldien trouver un inédit. J'espérai en trouver un à Roche... et fantasmais de le dégoter dans un bazar en Éthiopie sans que j'eusse l'envie ni les moyens de m'y rendre. Je me rabattais sur Gallica, motivé par l'appel d'un site retrouver un inédit en épluchant le journal Le Temps, par exemple. En vain. Et puis vers 2012, dans un magasin appelé Souk et Stock – lieu improbable et à deux pas de chez moi...– j'ai acquis un gros volume intitulé Autographes et manuscrits - ventes publiques 1882-1985 par O. Martellin (éditions Mayer, 1985) étalé avec d'autres livres à bas prix sur une table, et en cherchant on se doute quel nom.. j'y ai à ma grande surprise déniché un témoignage inédit et exceptionnel d' Armand Savouré sur Arthur Rimbaud, que je n'ai trouvé nulle part sur la Toile.

Il s'agit d'une lettre adressé par Armand Savouré à Isabelle Rimbaud en 1897, qui aurait dû figurer dans les éditions de la Pléiade, version 1972, où se trouve un grand nombre de lettres après la mort de Rimbaud sous le titre : « Lettres de Mme Rimbaud, d'Isabelle Rimbaud, de Frédéric Rimbaud et de quelques correspondants », p 709 à 816), précisément aurait-on dû l'y voir entre la lettre de Stéphane Mallarmé à Isabelle Rimbaud, datée du 25 mars 1897, et la réponse d'Isabelle le 1er mai. Quant à la dernière édition des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud dans la Pléiade, elle a supprimé cette partie pour moi essentielle et passionnant, même si cela ne fait pas partie des œuvres du poète.

Dans le livre Autographes et manuscrits - ventes publiques 1882-1985, certaines parties de la lettre sont résumées mais y figure des extraits conséquents et des plus intéressants.

Avant citation du témoignage, on rappelle qu'Armand Savouré était associé d'Arthur Rimbaud depuis 1886 et qu'il y eut entre eux une correspondance prolifique et soutenue entre le 27 janvier 1888 et avril 1890. Savouré lui écrira une dernière fois du Harar le 15 août 1891.

C'est Savouré qui est l'auteur du célèbre "Rimbaud ou la terreur des chiens".

Enfin, voici ce témoignage tel qu'il s'affiche (en joignant des photos dessous):


 


 

Savoure (Armand), commerçant au Harar.


 

L.a.s (lettre autographiée signée) à Isabelle Rimbaud. Abdis-Ababa, le 12 avril 1897, 4 pp.in-8 à son cachet encre (plis renforcés).

Il aurait volontiers remis les lettres à Rimbaud: "j'en avais en effet un volumineux dossier, mais lorsque je suis rentré, j'avais tout laissé au siège de Djibouti de Compagnie franco-africaine, que je représentais ici. Depuis 2 ans que je suis de retour dans le Choa, la dite Compagnie a liquidé. Je n'ai rien pu retrouver (...) je crains fort que cela n'ait été détruit."

Il conseille de s'adresser à MM. Pilliet, Tiau et Riès. « Je sais que ces messieurs avaient la plus grande estime pour M.votre frère, que même ses lettres du Harar à cette maison, étaient souvent relues en raison de leur caractère original, choix d'expressions curieuses et disant beaucoup, et tournant tout au plus ridicule comique, dit le plus sérieusement du monde. »

J'ai beaucoup fréquenté votre frère au Harar et ici. Je ne l'ai presque jamais vu rire, alors que lui nous faisait tous rire aux larmes avec ses façons d'un des plus charmants conteurs que j'ai jamais rencontrés.

Je puis vous assurer en outre qu'il était fort sérieux et entendu en affaires, de très bon conseil et très estimé des autorités Abyssines au Harar, et particulièrement du Ras Makonnen. Même Monseigneur Taurin (évêque du Harar) qui certes blâmait ses théories, j'en suis convaincu, avait la plus grande estime pour lui. (...) tous ceux qui l'ont connu dans cette région, ont grandement déploré sa fin si prématurée. Il était bien q.q.fois un peu bourru dans ses rapports, mais cela de telle façon que je ne crois pas qu'il y ait eu quelqu'un qui lui en ait gardé rancune. »

MM Bardey frères d'Aden « avaient à une époque q.q. poésies de lui. C'est chez eux qu'il est d'abord entré en arrivant à la Côté. Il a été longtemps leur agent au Harar... » (V.M., 16 nov.83)

F 3.000 


 

 

Ainsi ce manuscrit aurait été vendu pour la relative modique somme de 3000 francs, soit environ 450 euros aujourd'hui.

On serait tenté de dire que les manques, seulement occupés par un résumé visent à inciter à acheter, mais ce qui est ôté semble peu important relativement au reste. Cette lettre a-t-elle trouvé acquéreur ou acquéreuse ? Si oui, il/elle semble avoir gardé(e) jalousement son petit trésor.

Sur Taurin-Cahagne, on sait par exemple par son journal qu'Arthur Rimbaud est venu lui faire une visite entre le 1er et le samedi 1887 à Jeldessa (Gueldessa), et que Rimbaud lui écrivit une longue lettre d'Aden le 4 novembre 1887.

Ce que dit Savouré du "conteur" nous fait penser à ces mots de Rimbaud dans Une Saison en enfer: "une belle gloire d'artiste et de conteur emportées". 

On peut aussi confronter ces mots de Savouré avec ceux d'Isabelle Rimbaud dans une lettre à Paterne Berrichon à propos d'Ernest Delahaye, l' ami d'enfance d'Arthur, lettre datée du 21 août 1896: "Je veux croire pour l'excuser, que M. Delahaye s'est laissé colossalement mystifié par Rimbaud, lequel aimait à étonner et à épouvanter les gens d'air crédule en leur faisant, avec le plus grand sérieux, des récits fantastiques sur son compte; - quitte à rire ensuite des badauds qui l'avaient écouté béants de surprise et de terreur."

Enfin, par le témoignage d'Armand Savouré il apparait qu'Arthur Rimbaud n'était pas un grand rieur mais qu'il  avait un sacré talent d'humoriste. Et pour finir sur une note d'humour, il devait y avoir en lui du Albert Meslay et du Blanche Gardin...

 

           

 

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