A comme ART, R comme RELIGION, DU ENOC DANS ARTHUR RIMBAUD
En tant que tel l'Art procède d'un ENOC (Etat Non Ordinaire de Conscience), puisqu'outil de connaissance. Déjà la poésie peut être définie globalement comme l'usage d'un langage non ordinaire, et donc est créé dans un enoc. Aussi la poésie datant de la Nuit des Temps était portée par la musique mettant dans un état de transe. Musique comme outil de communication permettant notamment des communions jusqu'à la transe. Sans aller forcément jusque-là, la peinture et la sculpture peuvent être vus aussi comme des énocs de premier niveau, certains de seconds niveaux lorsqu'ils mettent en transe.
On peut quelque part, même si à degré autre, voir un lien entre Estelle qui dans un Enoc est un tournesol et un artiste, Stéphane Gentilhomme, qui par exemple dit avoir poussé des barrissements d'éléphants en dessinant un troupeau d'éléphants. ICI
Pour revenir à l'Art (auquel on met un grand A parce qu'utile et non utilitaire, parce que non artisanat ou art culinaire par exemple, parce que nourrissant spirituellement le monde et le transformant, et par là essentiel), le surréalisme fut le successeur du courant symboliste, nourri par la psychanalyse. Les Arts dit Premiers connus alors sous le nom "Arts primitifs" seront redécouverts par un Picasso au même titre que l'art pariétal préhistorique, tout cela remet l'Art en contact avec sa source, le chamanisme, la transe, qui fut au coeur de l'expérience poétique d'Antonin Artaud nourri notamment par son voyage au Mexique chez les Tarahumaras. Ce "poète-chaman" comme Rimbaud ou William Blake (aussi poète) eu des héritiers en musique: Jim Morrison (The Doors), Patti Smith, etc. Même l'influence de la musique indienne sur des morceaux des Beatles ou des Rolling Stones dénotent recherche d'une spiritualité et de la transe chamanique (les Beatles furent profondément marqués par leur voyage en Inde). Depuis longtemps, surtout depuis le XIXème siècle, drogues et alcool servent de déclencheur d'états modifiés de conscience, d'énoch, et de source d'inspiration, mais on peut les qualifier de "non intégrés" par le corps et la conscience, et de particulièrement nocives lorsqu'elles interagissent avec un état d'être négatif, une grande souffrance intérieure, cela peut aller jusqu'à l'overdose fatale ou le suicide ou de commettre l'irréparable... Aussi la sortie par le haut d'une situation périlleuse où l'Art se trouve (et profitant surtout aux marchés mafieux) se trouve être dans le chamanisme avec tambour comme outil, et non l'Ayahusca, qui ne peut être pris qu'avec un guide, comme toute drogue hallucinogène. Cette voie de sortie par le haut, Rimbaud l'a pressenti, inconsciemment il l'a rechercha, c'est ce qui explique son itinéraire apparemment insensé qui le mena en Afrique, précisément à Harar, la ville sainte des soufis accédant à une authentique spiritualité par la transe notamment à travers les "derviches tourneurs" qu'il a pu voir lors de son voyage au Caire (Nerval parla de ceux-ci dans son Voyage en Orient), qui le mena aussi lors d'une expédition dans une contrée inconnue, à rencontrer ce qu'il appelle des "poètes improvisateurs" (Rapport sur l'Ogadine, Harar, 10 décembre 1883). Certainement avec comme support la musique. Il a certainement connu aussi cette lyre sacrée des orthodoxes d'Abyssinie (Ethiopie), le begena, aux sonorités graves et profondes, méditatives, utilisée pour la prière qui n'est autre qu'une forme de méditation intentionnelle à destination du divin. Sa soeur Isabelle le représenta d'ailleurs par un dessin en train d'en jouer, et si, certes elle reprend une illustration de la Revue des deux mondes en y transférant son frère, peut-être est-ce aussi une intuition "féminine"... Par ailleurs, cela aurait un lointain écho avec son oeuvre poétique et surtout à un texte en prose, Un coeur sous une soutane (1869-1870) où la lyre (d'Orphée cette fois-ci), le luth ou la cithare ont une grande importance, jouent un grand rôle dans son amour pour une Thimothina: "J'ai pris ma lyre et j'ai chanté: Approchez-vous Grande Marie! Mère chérie...", "que ma lyre frissonne", "laisse-moi chanter sur mon luth, comme le divin Psalmiste sur son Psaltérion, comment je t'ai vue, et comment mon coeur a sauté sur le tien pour un éternel amour". Il approfondit aussi là-bas (notamment à Aden en Arabie) une lecture du Coran qu'il avait effectué dans sa jeunesse, il commanda aux siens "des Corans", là-bas il aurait même donné des conférences. La religion dans son essence spirituelle et non dogmatique est entrée dans sa vie d'adulte tandis qu'il avait rejeté adolescent la Bible, "le livre du devoir" (Les poètes de sept ans) et s'était montré très anticlérical (Un coeur dans une soutane, Le châtiment de Tartuffe) après s'être montré au contraire très pieux enfant. Les soufis, par l'intermédiaire de son serviteur et ami Djami, un harari, lui en ont permis une lecture plus subtile du livre sacré des musulmans et par là peut-être eut-il un autre regard sur la Bible. Il mourut enfin d'un cancer en appelant Djami et en disant des Allah kérim ("que la volonté de Dieu soit faite"), rejoignant en cela un certain fatalisme musulman, je dirais quant à moi que ce qu'on nomme fatalisme n'est souvent que le résultat d'équations faites de croyances, d'émotions, de circonstances, de contexte en l'absence de Conscience.
La religion dans cette dimension-là de reliance liée à son étymologie, "relié", est donc bien la voie de connaissance globale (mise en valeur sur le blog de Marie Duval) dont manque notre monde mais qui revient en force à travers des pratiques diverses non conventionnelles, chamanisme, tantra..., mais surtout il me semble le premier, le plus prometteur et fondamental puisqu'il représente un retour aux sources tout en le réinventant. Le chaman/la chamane (puisqu'il y a un grand nombre de femmes appelées par cette voie "religieuse", relie-gens, ne serait plus au ban du groupe, on en aurait plus peur, les peurs ancestrales dépassées. Ce serait un chamanisme qui serait adapté à notre monde, un néo-chamanisme, comme on l'appelle, qui demande toutefois du discernement car dérives possibles (il y a des charlatans partout...)